Avalon high de Meg Cabot

Image

 Resumé: 

Moi, Ellie, je crois que je suis tombée amoureuse de Will, le capitaine de l’équipe de football du lycée. Il est spécial ce garçon : même si nous venons de nous rencontrer, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours. D’ailleurs, Will aussi est persuadé de m’avoir déjà vue ! Qui sait, peut-être dans une autre vie ? Quoi qu’il en soit, pas la peine de rêver au conte de fées, parce qu’il a déjà une petite amie, Jennifer (une vraie princesse !)… qui semble un peu trop proche de Lance, le plus fidèle ami de Will. Me voilà soudain témoin de leurs secrets ! Quel rôle dois-je jouer, moi, dans cet étrange trio ?

Mon avis:

Ce livre était génial, tout simplement, beaucoup mieux que le film, le fait que le narrateur soit Ellie rendait ses sentiments plus profonds.

Il y a de l’humour partout dans ce roman et parfois ça fait du bien.

L’écriture est fluide, ce roman ce lit très facilement.

Tout simplement génial.

Extrait:

CHAPITRE 1

Et près de la lune le moissonneur épuisé,
Entassant les bottes de céréales
sur les hauteurs dégagées,
Écoutant, murmure :
« C’est la fée la Dame de Shallot. »

— Quelle chance tu as !
Vous pouvez faire confiance à ma meilleure amie Nancy pour voir les choses sous cet angle. Nancy est ce qu’on appelle une « optimiste ».
Non que je sois pessimiste. Disons plutôt que je suis pragmatique. Du moins, d’après Nancy.
Et que j’ai, apparemment, beaucoup de chance.
— Comment ça ? ai-je demandé.
— Tu sais bien, a répondu Nancy. Tu vas pouvoir tout recommencer depuis le début dans un nouveau lycée où personne ne te connaît. Du coup, tu pourras être qui tu veux. Te façonner une nouvelle personnalité sans qu’on te dise : « De qui te moques-tu, Ellie Harrison ? Je me souviens, quand tu as mangé de la colle au CP… »
— J’avoue que je n’y avais pas pensé, ai-je fait. Mais permets-moi de te rappeler que c’est toi qui as mangé de la colle.
— Tu vois bien ce que je veux dire ! a soupiré Nancy. En tout cas, bonne chance. Au bahut et ailleurs !
— Oui, ai-je murmuré, sentant à travers les mille cinq cents kilomètres qui nous séparaient qu’il était temps de raccrocher. À bientôt, Nancy !
— Au revoir, a-t-elle répondu avant d’ajouter une dernière fois : Quelle chance tu as !
À vrai dire, jusqu’à ce que Nancy me le fasse remarquer, je n’avais pas pensé qu’il y avait quoi que ce soit de réjouissant dans ma nouvelle situation. À part la piscine, bien sûr. On n’en a jamais eu. Avant, si Nancy et moi on avait envie de faire une trempette, il fallait qu’on prenne nos vélos et qu’on pédale pendant huit kilomètres – et je peux vous dire que ça montait – pour atteindre Como Park.
En tout cas, quand mes parents m’ont annoncé qu’ils prenaient une année sabbatique, heureusement qu’ils ont précisé qu’on aurait une piscine à nous, sinon, je vous le jure, j’aurais défailli. Lorsqu’on a des parents profs, le mot sabbatique est sans doute la pire insulte qui soit. Tous les sept ans, la plupart des professeurs se voient offrir la possibilité de prendre une année sabbatique – en gros, une année de vacances, durant laquelle ils peuvent recharger leurs batteries et essayer d’écrire et de se faire publier.
Les profs adorent prendre une année sabbatigue.
Leurs enfants, non.
Vous aimeriez, vous, quitter vos amis pour un an et, une fois que vous avez enfin réussi a vous en faire de nouveaux, revenir chez vous et recommencer à zéro ?
Non. Sauf si vous êtes un peu tordu.
À la décharge de mes parents, je dois avouer que cette année sabbatique ne s’annonce pas aussi horrible que celle qu’on a passée en Allemagne. Attention, je ne suis pas on train de dire que ça craint en Allemagne. J’échange toujours des mails avec Anne-Katrin, la fille à côté de qui j’étais assise en cours.
Mais s’il vous plaît ! J’ai dû apprendre à parler une autre langue !
Au moins, cette année, on est restés aux États-Unis. Bon d’accord, on habite à côté de Washington, ce qui n’a rien à voir avec le reste de l’Amérique. Mais tout le monde parle anglais.
Et il y a la piscine.
Avoir une piscine, c’est un paquet de responsabilités, si vous voulez savoir. Tous les matins, il faut vérifier le filtre et s’assurer qu’il n’a pas été obstrué par des feuilles ou des animaux morts. Il y a presque toujours une ou deux grenouilles dans le nôtre. Généralement, si je me lève assez tôt, elles sont encore vivantes quand j’arrive. Du coup, je dois conduire une expédition de sauvetage de grenouilles.
La seule façon pour les sauver, c’est de plonger la main dans l’eau et retirer le panier du filtre. Résultat, je me suis trouvée plus d’une fois en contact avec toutes sortes d’animaux plus dégoûtants les uns que les autres, comme des scarabées ou des souris. Une fois, je suis même tombée sur un serpent. Comme il était hors de question que je le touche – il pouvait me mordre et, qui sait, m’injecter son venin dans les veines –, j’ai appelé mes parents.
— Et alors ? Que veux-tu que j’y fasse ? a demandé mon père.
— Que tu le sortes de là.
— Jamais, a-t-il répondu. Jamais je ne m’approcherai d’un serpent.
Mon père, qui a grandi dans le Bronx où on ne tombe jamais sur un serpent, déteste tout ce qui se rapporte à la nature. S’il voit une araignée, il se met à hurler comme une fille. Quant à ma mère, qui, elle, a passé toute son enfance dans un ranch du Montana, ce sont les cris effarouchés de mon père qu’elle déteste. Du coup, lorsqu’elle l’entend crier parce qu’il a vu une araignée, elle se précipite et la tue, même si je lui ai répété des milliers de fois que les araignées étaient extrêmement bénéfiques à l’environnement.
En fait, mes parents ne sont vraiment pas comme les autres parents. Par exemple, les parents de mes amis partent tous les matins pour aller à leur travail. Parfois, il y en a même qui s’absentent plusieurs jours d’affilée.
Pas les miens. Les miens ne partent jamais. Ils sont tout le temps à la maison, assis à leur bureau, à écrire ou à lire. Le seul moment de la journée où ils se lèvent, c’est pour regarder Questions pour un champion.
Et ils connaissent toutes les réponses ! Chez mes amis, ce n’est pas comme ça. D’abord, leurs parents ne regardent pas Questions pour un champion. Je le sais, parce que quand je vais chez Nancy, je vois bien que ses parents suivent les séries, comme tous les gens normaux.
Mais mes parents, non.
Pour en revenir au serpent, je me suis bien gardée d’appeler ma mère. La connaissant, elle n’aurait pas hésité à lui trancher la tête d’un coup de couteau. C’est pourquoi, après avoir trouvé une branche fourchue, je me suis empressée de le dégager du panier du filtre et de le relâcher au fond du jardin. Cela dit, même s’il ne me semblait pas aussi dangereux une fois que j’ai eu le cran de le sortir, j’ai quand même prié pour qu’il ne revienne pas.
Nettoyer le filtre n’est pas la seule contrainte quand on a une piscine. Il faut aussi passer l’aspirateur – ce qui est en fait assez rigolo – et tester régulièrement l’eau pour vérifier son taux de chlore et son pH. J’aime bien tester l’eau. Je le fais même plusieurs fois par jour. Il faut verser un peu d’eau dans des petits tubes à essai puis ajouter une ou deux gouttes d’un produit spécial. Si l’eau dans les tubes n’a pas la bonne couleur, on doit alors verser de la poudre dans le filtre. C’est comme en chimie, mais en mieux, parce que quand on a fini, au lieu d’une paillasse en désordre d’où émane une odeur infecte, on a une belle eau bleue limpide.
Depuis notre arrivée à Annapolis, j’ai passé la majeure partie de l’été à m’activer autour de la piscine. Je dis « m’activer », mais mon frère Geoff – il est parti à l’université dès la deuxième semaine d’août – a une autre expression. Il dit que je la bichonne comme une mère poule.
— Calme-toi, Ellie, a-t-il répété un nombre incalculablle de fois. Tu n’es pas obligée de la bichonner comme une mère poule. On a un contrat avec un service d’entretien. Ils passent toutes les semaines nettoyer la piscine.
Sauf que le type qui vient n’éprouve aucun amour pour notre piscine. Il ne s’en occupe que pour l’argent. Il n’en voit pas la beauté.
Mais je comprends plus ou moins ce que mon frère veut dire : je suis quasiment tout le temps à la piscine. Quand je ne la nettoie pas, je me laisse porter sur l’eau, sur l’un de ces matelas gonflables que j’ai obligé mes parents à acheter chez Wawa. Wawa, c’est le nom des stations-service ici, dans le Maryland. Il n’y a pas de Wawa dans le Minnesota. Là-bas, les stations-service s’appellent Mobil, Exxon, etc.
Bref, on l’a gonflé chez Wawa – avec la pompe qui sert normalement à gonfler les pneus de voiture, même si ce n’est pas conseillé. C’est ce qu’ils disent sur la notice qui allait avec le matelas.
Quand Geoff l’a fait remarquer à mon père, celui-ci a haussé les sourcils et a répondu :
— Et alors ?
Avant de continuer à pomper.
Et rien n’est arrivé.
J’ai essayé de respecter le même emploi du temps tout l’été : dès que je me lève, j’enfile mon maillot de bain, je prends une barre de céréales et je vais à la piscine, où je vérifie qu’aucune grenouille ne bouche le filtre. Puis, une fois la piscine propre, je m’allonge sur mon matelas avec un livre et je me laisse porter sur l’eau.
Quand Geoff est parti pour l’université, je me débrouillais tellement bien que j’arrivais à rester sur l’eau sans me mouiller les cheveux. Je peux passer toute la matinée comme ça, jusqu’à ce que mon père ou ma mère sorte sur la terrasse et m’appelle pour déjeuner.
Alors je rentre et on mange un sandwich au beurre de cacahuète et à la confiture, si c’est moi qui suis responsable du repas, ou des travers de porc de chez Red Hot and Blue, le restaurant au coin de la rue, si c’est au tour de mes parents, vu qu’ils sont trop occupés à écrire leurs livres pour cuisiner.
Puis je retourne à la piscine jusqu’à ce que mon père ou ma mère ressorte et m’appelle pour dîner.
Personnellement, je ne trouve pas que ce soit une mauvaise façon de passer la fin de l’été.
Ma mère, si.
Je ne sais pas pourquoi elle s’est mis en tête de s’intéresser à la façon dont j’occupais mon temps. Elle n’avait qu’à ne pas laisser papa nous traîner ici. Il paraît que c’était plus pratique pour ses recherches. Parce que, en ce qui la concerne, elle aurait très bien pu écrire son livre – sur mon homonyme, Elaine d’Astolat, la Dame de Shallot – à la maison, à Saint Paul, dans le Minnesota.
Ah oui. Autre chose sur les parents qui exercent le métier de professeur : ils vous donnent pour nom celui d’un auteur qu’ils affectionnent – comme ce pauvre Geoff qui a hérité du prénom de Geoffrey Chaucer – ou d’un personnage de la littérature, comme celui de la Dame de Shallot, alias Lady Elaine, qui s’est tuée parce que Lancelot lui préférait la reine Guenièvre – vous savez, celle qu’interprète Keira Knightley dans le film sur le roi Arthur.
Je me fiche de savoir que le poème qui lui est consacré est magnifique. Ce n’est pas très cool de porter le nom d’une femme qui s’est tuée pour un homme. Je l’ai fait remarquer plein de fois à mes parents, mais ils ne comprennent pas.
Cela dit, il n’y a pas que ça qu’ils ne comprennent pas.
— Tu ne veux pas aller faire un tour dans la galerie marchande ? me demande ma mère tous les jours avant que je me sauve à la piscine. Ou aller au cinéma ?
Oui, mais avec qui ? Maintenant que Geoff n’est plus là, il n’y a plus personne pour m’accompagner ! Personne sauf mes parents. Et une fois m’a suffi. Car il n’y a rien de pire que de voir un film avec deux personnes qui le dissèquent aussitôt les lumières rallumées. C’était avec Vin Diesel, bon sang ! À quoi s’attendaient-ils ?
— L’école va bientôt reprendre, je lui réponds chaque fois. Pourquoi je ne pourrais pas continuer à profiter de la piscine jusqu’à la rentrée ?
— Parce que ce n’est pas normal, m’a-t-elle déclaré quand j’ai voulu savoir quel mal il y avait à se laisser porter sur l’eau, allongée sur un matelas gonflable.
— Oh, parce que toi, tu sais ce qui est normal ? ai-je rétorqué.
Regardons les choses en face : mon père et elle sont loin d’être des gens normaux.
Mais ma mère ne s’est pas offusquée. Elle s’est contentée de secouer la tête et de dire :
— Je sais ce qu’est un comportement normal pour une adolescente. Et passer ses journées toute seule dans une piscine sur un matelas, ce n’est pas normal.
J’ai trouvé qu’elle exagérait. C’est agréable de se laisser dériver sur l’eau. On est allongé et on peut lire, et si le livre devient ennuyeux ou qu’on l’a fini et qu’on a la flemme d’aller en chercher un autre, on peut regarder les rayons du soleil qui se reflètent dans les feuillages des arbres. On peut aussi écouter le chant des oiseaux et des cigales et, au loin, le bruit des tirs d’artillerie des aspirants, les éleves de deuxième année de l’École navale.
On en rencontre parfois en ville, dans leur uniforme blanc immaculé, marchant deux par deux. À chaque fois, mon père les pointe du doigt et me dit :
« Regarde, Ellie. Des marins. »
J’imagine qu’il cherche à ces moments-là à établir une espèce de complicité père-fille. Et j’imagine aussi que je devrais m’extasier et lui dire que je les trouve mignons. Mais il n’est pas question que je discute du physique des garçons avec mon père ! J’apprécie son effort, mais il est tout aussi vain que celui de ma mère quand elle me suggère d’aller faire un tour à la galerie marchande.

Ma note:

10/10